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La Chanson du Battoir
Avant l’apparition de la machine à laver, les ménagères appaméennes étaient nombreuses à se rendre au bord du canal ou de l’Ariège, aux endroits accessibles, afin de laver leur linge le long du courant. Mais si les eaux des canaux ou de la rivière ne connaissaient pas la pollution au sens actuel du terme, elles étaient néanmoins souillées et de quelle manière !
Par arrêté municipal de 1895,
« Il était interdit de jeter par les fenêtres, de jour comme de nuit, urines, matières fécales, eaux corrompues…en un mot, rien qui puisse salir les passants ou causer de mauvaises exhalaisons. »
Or, comme la plupart des maisons des vieux quartiers ne possédaient pas de fosse d’aisance… les eaux des canaux ou de l’Ariège proches en faisaient office ; cela n’empêchait pas les ménagères d’aller y rincer leur linge ! Et l’on pouvait alors entendre la « chanson du battoir » qui avait inspiré un poète local. Ce dernier, sous le pseudonyme de « Lulu », avait consacré quelques vers galamment tournés, voire un peu coquins à ce prosaïque ustensile indispensable aux lavandières.
Voici le poème tel qu’il fut publié par l’Étoile de l’Ariège en 1899 :
« Le long de l’Ariège jolie, Ecoute matin et soir
« La gaie chanson du battoir, Ecoute la chanson ma mie ;
« La chanson qui chante Bien et bien des choses :
« Les jolis coins roses Qu’ont touchés ces choses ; La chanson qui chante, Chemises, chemisettes, Pantalons, collerettes,
« Témoins de si tendres assauts, Ecoute la chanson, oh ! oh !
« Ecoute la chanson, ma mie Qui dit et redit la folie
« Des chemises et chemisettes, Des pantalons et collerettes,
« Amoureusement fripés, Aux falbalas déchirés,
« Aux dentelles déchiquetées Dans les folles étreintes
« Où l’on se donne sans crainte…
« Dans l’eau de l’Ariège jolie, Regarde ces blancs flocons
« Que sont chemises et pantalons,
« Collerettes et jupons,
« On dirait sous les bouillonnements Entendre de petits cris de crainte,
« De tendres soupirs, une douce plainte.
« …Et chemises et pantalons, Collerettes et jupons
« Moussent en flocons de neige
« Et quoi de plus te dirais-je ? Tout cela palpite dans la joie,
« Sous la caresse du savon Ariègeois !
« Le long de l’Ariège jolie, Ecoute matin et soir,
« La gaie chanson du battoir,
« Ecoute la chanson, ma mie… » LULU
Aujourd’hui, nos machines à laver tournent bien sagement, mais au bord de l’Ariège et des canaux, chaque battoir battait plus que le linge : il faisait mousser les rires, les rêves… et parfois même quelques jupons !!